Et si on parlait des violences sexuelles dans le sport ?

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Véronique Hannoun est Dr en médecine, fondatrice et présidente du Comité Ethique et Sport. Le comité a pour objectif de poser des solutions concrètes à certaines problématiques concernant la
déviance à l’éthique dans le sport, dont les violences sexuelles.

Anthony Mette est Dr en psychologie, préparateur mental et formateur. Il a coordonné plusieurs recherches sur la thématique des discriminations dans le sport et a notamment publié « Les homos sortent du vestiaire » aux éditions des ailes sur un tracteur.

Depuis ces derniers jours, les Etats-Unis et le monde du cinéma sont ébranlés par l’affaire Harvey Weintein. Vingt-huit femmes accusent le producteur hollywoodien d’agression et de violences
sexuelles (et encore plus demain ?). Plus qu’un agresseur, les éléments qui se dégagent de son profil font état d’un véritable prédateur sexuel, dominant, manipulateur et menaçant.

Pour autant, si la lumière est aujourd’hui braquée sur les paillettes du cinéma, il est important d’avoir un regard large, éclairé, sur complexité des violences sexuelles. A la lecture des
témoignages des victimes d’Harvey Weinstein, nous avons immédiatement fait le parallèle avec un autre environnement, que nous connaissons bien, celui du sport. Comme nous allons le démontrer les similarités entre ces deux environnements fermés sont ainsi nombreuses.

Premièrement, dans le cadre du sport et des violences verticales (c’est-à- dire où une personne use de son autorité et de son statut envers une autre considérée comme « inférieure »
hiérarchiquement) les agresseurs très souvent des hommes plus agés. Des hommes qui usent donc de leur pouvoir d’influence pour agresser des jeunes femmes mais aussi des jeunes hommes.

Deuxièmement, les actes de violences se déroulent également dans des chambres d’hôtels (moins luxueuses), par exemple lorsque l’entraineur est en déplacement avec ses athlètes et que le club ne peut pas payer une chambre pour chacun. Ou bien directement chez l’entraineur « parce que c’est plus simple que tu dormes à la maison pour partir tôt demain ». Précisons que dans le cadre d’une enquête menée en 2015 sur les violences et les discriminations dans le sport par la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et le Conseil Départemental de Seine maritime, les témoignages reçus ont également fait état de violences dans des lieux clos comme les vestiaires, les dortoirs ou les pièces de rangement de matériel.

Troisièmement, le rapport constant à la séduction, au désir, au corps que l’on peut lire dans les témoignages des victimes d’Harvey Weinstein est similaire à celui que l’on retrouve entre
entraineurs et entrainés, ou même entre athlètes directement. Cela pourrait être même encore plus conséquent dans le cadre du sport, il est facile de rentrer et sortir des vestiaires. Il est facile
d’aller voir ce qui se passe sous les douches. Il est une tradition de mettre la main aux fesses pour féliciter les joueurs. Il est normal de mettre la main sur les hanches, de se coller pour perfectionner un geste. Il est toléré de demander à se déshabiller pour voir si on n’a pas grossi, si on est suffisamment gainé, etc.

Enfin, un même mal social existe dans le monde du cinéma et celui du sport : l’omerta. Si vous écoutez les témoignages secondaires de l’affaire Weinstein, vous entendrez des « oui, je savais mais…», « on en avait entendu parler mais on n’y croyait pas », « c’était une rumeur, mais il est vrai que la rumeur revenait souvent », « oui, on me l’avait raconté mais quoi faire ?  ». Car, la difficulté est multiple dans ce genre d’affaires. D’un côté les agresseurs sont souvent des hommesd’influence et ils savent en jouer pour que tout le monde se taise. Ils menacent, font pression et proposent des postes, des « rôles », ils négocient des avantages de ce sorte que le silence règne. De l’autre côté, ceux qui devraient parler, ne serait-ce que pour des raisons légales et citoyennes, ne parlent pas ; voire pire, ils soutiennent et aident les agresseurs. Les présidents de clubs, les cadres de fédération, les collègues entraineurs ne prennent ainsi pas le risque « d’étaler l’affaire » parce que « ça va créer des problèmes ». Dans le langage des dirigeants sportifs cela signifie que si l’affaire se sait des joueurs vont quitter le club, que les parents vont être plus exigeants, qu’il va falloir engager des poursuites ou bien qu’il va falloir répondre à la presse…

Au détriment donc de l’image d’un club, d’un nombre de licenciés on en oublie le principal : les victimes. Ce sont les victimes qu’il faut aider et soutenir par-dessus tout. Car parler est difficile.
Toutes les victimes vous le diront, une agression renvoie un ensemble d’émotions de colère, de peur, de honte et de culpabilité, qui font qu’il est extrêmement difficile d’oser prendre la parole.
En cela, nous ne remercierons jamais assez les victimes d’Harvey Weinstein d’avoir brisé la loi du silence. Nous ne remercierons jamais assez Sandrine Rousseau, Isabelle Demongeot, Sébastien Boueilh et toutes les autres victimes de violences sexuelles de prendre la parole publiquement.

Alors si votre enfant, un ami, un proche ou vous-même avez été victimes de violences sexuelles dans le cadre de votre activité sportive et que vous souhaitez en parler, nous sommes là pour vous écouter. Si vous ressentez le besoin de parler, vous pouvez appeler le comité Ethique & Sport au 01.15.33.85.62. Nous vous garantissons une écoute anonyme et bienveillante. Nous pourrons également vous orienter vers des spécialistes proches de chez vous.

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