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Matchs de tennis truqués : « Aucun sport n’est à l’abri »

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1516_seminaire_paris_sportifs_09_12_kalbChristian Kalb est spécialiste des jeux d’argent dans le sport. Membre du groupe Sponsoring responsable au Comité Éthique et Sport, cet ancien responsable du marketing à la Française des Jeux a bien voulu commenter l’affaire actuelle des matchs supposés truqués dans le tennis. En exclusivité pour le blog, il répond à quelques questions sur cette affaire qui écorne l’image du tennis.

 

 

Les matchs truqués dans le tennis, est-ce un secret de polichinelle ?
Aujourd’hui, aucun sport n’est à l’abri des matchs truqués. Le tennis fait partie, après le foot et le cricket, des plus touchés : c’est le deuxième sport pour les paris dans le monde et on peut parier en direct (Live betting) sur d’innombrables possibilités (set, jeu et même sur chaque point). Il est plus facile à corrompre qu’un sport collectif puisqu’il suffit d’influencer un seul joueur. Les tentatives d’approches, notamment via Facebook, sont donc fréquentes en tennis, même Djokovic a reconnu avoir fait l’objectif d’une tentative de corruption. En tennis, les joueurs, en général bien informés sur le sujet, parlent plus facilement de tout cela que dans les sports collectifs, il n’y a donc pas de surprise majeure. Dans l’affaire révélée par la BBC, c’est donc avant tout le nombre important de joueurs impliqués qui fait peur et qui peut étonner.

On parle de joueurs bien classés, ça parait surprenant…
Les joueurs parlent…

Quelles sont les mesures prises actuellement en matière de lutte contre les paris dans le tennis ?
Le tennis, tout comme le cricket, a toujours été un précurseur dans la lutte contre les matchs truqués. La plupart des sports réagissent, le tennis anticipe, en France comme à l’échelon mondial. La FFT a organisé de bonnes actions de prévention à destination des jeunes et des meilleurs joueuses et joueurs, mais aussi des entraîneurs, dirigeants, salariés, etc. C’est l’outil le plus efficace. Elle surveille également le marché des paris sportifs en collaboration avec les opérateurs. Par ailleurs, notre pays a mis en place des règles disciplinaires sérieuses pour les fédérations (interdiction de parier, délits d’initié, obligation de dénoncer une approche, etc.). Enfin, en France il n’est pas possible de parier sur n’importe quoi, les paris sportifs sont bien contrôlés et l’identité des parieurs en ligne est connue par l’ARJEL (autorité de régulation)

Sur  plan international, les instances du tennis ont créé en 2008 la Tennis Integrity Unit (TIU), une sorte de police interne avec d’anciens flics de Scotland Yard. C’est une structure solide qui dispose de la possibilité de mener de vraies investigations.

A la vue des premières réactions de l’ATP, sont-elles suffisantes ?
On peut imaginer que la TIU a eu connaissance de l’ensemble de ces affaires et a donc mené des investigations. À ma connaissance, une vingtaine de joueurs ont été sanctionnés à ce jour. On parle de 70 joueurs dans l’affaire de la BBC, cela signifierait qu’une cinquantaine de personnes n’ont pas été sanctionnées. Si elles sont réellement coupables, ce qui reste à démontrer, cela signifie que la TIU n’a pas été capable de rassembler les éléments de preuve nécessaires. Il faut reconnaître qu’il est très difficile pour une autorité sportive, sauf si elle travaille de concert avec la police, de réunir des preuves : tant qu’un joueur n’avoue pas, il est quasiment impossible d’être certain qu’il a participé au trucage d’un match. C’est la différence majeure avec d’autres trafics comme la drogue ou la prostitution, où les preuves sont plus aisées à établir, c’est d’ailleurs pour cela que le Crime organisé s’intéresse autant au sport aujourd’hui. Enfin, il est peu probable que l’ATP ait couvert des affaires détectées par la TIU, le risque de se faire attraper aurait été énorme.

Doit-on interdire les paris et si oui dans quel type de sport en particulier ?
Interdire les paris car ils menacent le sport pourrait être l’option ultime si on parvenait à lutter efficacement contre les opérateurs illégaux, qui proposent des paris sans autorisation dans le pays du consommateur. Malheureusement, cela nécessite d’énormes moyens techniques (blocage des sites ou du paiement des gains) et juridiques, et la coopération de tous les États. Or, de nombreux paradis fiscaux, devenus aussi des paradis de jeu, ne l’entendent pas ainsi. Tout y est possible. Le meilleur moyen semble donc être de contrôler le plus strictement possible les paris sportifs, en fixant des limites raisonnables (par exemple uniquement sur le résultat des rencontres, avec des montants limités), pour canaliser l’offre de paris auprès d’opérateurs sous contrôle strict (notamment de l’actionnariat). Le bon équilibre, c’est d’assécher l’offre illégale avec une offre qui est attractive pour les parieurs “normaux” (c’est-à-dire qui ne soient ni des criminels, ni des professionnels). Et de lutter contre les autres !

 

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